L'impossible vote pour Emmanuel Macron

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Suite au premier tour de l'élection présidentielle 2017, Marine Le Pen et Emmanuel Macron se sont qualifiés pour le second tour. Sitôt un appel au front républicain a été lancé. Mais Macron ne sera-t-il pas pire que Le Pen ?

D'abord le soulagement. Le soulagement de voir François Fillon exclu de la présidentielle. Ce qui n'est qu'une maigre consolation face à la violence du maintien de sa candidature. Rarement un homme politique aura autant craché à la figure des Français, avec un mépris et un dédain qui dépassent l'entendement.

Fillon aura réussi à faire perdre une élection imperdable. Et finalement on peut considérer que c'est sans surprise : Sarkozy a perdu contre Hollande ; Fillon le sarkosiste a perdu contre Macron le hollandiste. Ainsi, comme cela avait été anticipé par certains, le sarkosisme aura exclu la droite du pouvoir pendant 10 ans. Et pour l'heure, cette droite ne semble pas vouloir changer d'orientation. Ses adversaires apprécieront.

Si Mélenchon a su créer une grosse surprise, ce fût cependant insuffisant pour se qualifier. Et à vrai dire, je trouve que c'est tant mieux : vouloir changer de République sur un coup de sang est irresponsable. Il y a bien d'autres moyens d'actions. Mais l'apport important de Mélenchon à cette élection se trouve essentiellement dans l'exclusion de Fillon. Je pense que c'est à lui, et à lui-seul, que l'on doit la défaite de Fillon. Qu'il en soit remercié.

Le PS a pris une sévère déculottée. Mais pour l'heure, comme pour la droite, personne ne semble en prendre la mesure au PS. Ce parti a fait 6%, mais tout continue comme avant. Il y a un côté très fillonesque des ténors du PS à se maintenir en poste coûte que coûte.

Et nous voilà donc avec un second tour Le Pen contre Macron. Le réflexe conditionné a été alors d'appeler à faire un front républicain. Mais très vite, la mayonnaise n'a pas pris : beaucoup ont annoncé qu'ils ne pourront pas voter pour Macron, préférant s'abstenir. Et je dois bien dire qu'aujourd'hui j'ai un très gros doute également : il me semble impossible de voter pour Macron.

Je n'ai pas les moyens financiers de voter pour Macron

Macron, c'est l'ultra-libéralisme. C'est l'ubérisation de l'économie. C'est la précarité pour les travailleurs. Il faut un certain confort matériel pour voter pour Macron. Macron, c'est le candidat pour ceux qui vivent une mondialisation heureuse, qui aiment la philosophie d'aéroport. Ceux qui pensent que parce qu'on peut commander sur Amazon et envoyez un mail à son cousin en Nouvelle-Zélande alors on doit faire de la planète un village planétaire sans frontière. C'est une fuite en avant dans des théories économiques fantasmées.

Je n'ai pas du tout envie de faire de la France une terre ultra-libérale. J'avais plutôt envie d'en faire une terre pour tous ceux qui inventent les solutions de demain, que ce soit dans l'écologie, l'énergie, les relations humaines, etc... Cela me semble plus en phase avec ce qu'est la France.

Voter Macron, c'est donner le pouvoir aux vieilles lubies du MEDEF, de l'école de Chicago, du FMI, de la BCE. ll n'y a rien de moderne à voter Macron. C'est effectivement le candidat du "système". Tant et si bien que c'est à désespérer de la démocratie : finalement on se retrouve avec le même candidat qu'on aurait eu si on n'avait pas le droit de vote. C'est à dire un candidat qui n'a pas d'expérience politique et qui veut gérer un pays comme on gère une entreprise ultra-libérale. Et seuls ceux qui ont de gros moyens financiers y trouveront des retombées positives.

La cohabitation sera plus handicapante pour Le Pen que pour Macron

Dans tous les cas, nous nous dirigeons vers une cohabitation. L'intérêt de la cohabitation est de revenir à la lettre de la Constitution. Contrairement à ce que certains énoncent dans les media, la France n'a pas du tout un régime présidentiel. A vrai dire, le Président de la République a assez peu de pouvoirs en France.

Nous avons un pouvoir exécutif bicéphale composé d'un Président et d'un Gouvernement. La Constitution, au terme des articles 20 et 21, prévoit que le 1er ministre est le chef du Gouvernement, et que le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation.

Ce n'est donc pas le Président qui gouverne réellement la France, mais le 1er ministre. D'ailleurs le Président n'a pas le pouvoir d'initiative de la loi, il n'a pas non plus le pouvoir d'initiative du référendum, pas plus qu'il n'a le pouvoir d'initiative de la révision constitutionnelle. Seul le 1er ministre dispose du pouvoir d'initiative de la loi au sein du pouvoir exécutif.

En période de cohabitation, le Président c'est un peu notre reine d'Angleterre. Ce qui explique comment la loi sur les 35 heures a pu être votée sous la présidence de Jacques Chirac (droite) alors que le 1er ministre était Lionel Jospin (gauche).

Le programme de Marine Le Pen sera bien plus neutralisé par le fonctionnement de notre République que le programme de Macron. Ce dernier trouvera en effet bien plus facilement une majorité pour voter les lois supports à son ultra-libéralisme.

Tout ceci explique pourquoi le 7 mai il est fort probable que je n'aille pas voter. Je ne peux pas voter pour quelqu'un qui va me mettre au chômage pour m'apprendre à être compétitif avec des travailleurs des pays en développement. Je ne peux pas voter contre mes intérêts, front républicain ou pas. D'autant plus que notre Constitution nous protégera efficacement contre le programme de Le Pen si d'aventure elle devait être élue. Oui, humble citoyen, j'ai plus à perdre avec Macron.