Après les blogs Google a tué les vlogs

-

Youtube est actuellement en crise et les youtubeurs naviguent entre résignation et découragement.

Depuis quelques mois la communauté des Youtubeurs est en effervescence : changement dans les algorithmes, des abonnements sans notification et perte de revenus sont notamment pointés du doigt.

Une situation qui rappelle ce qu'il s'est passé avec les blogs et même certains sites web il y a quelques années.

Une professionnalisation des contenus grâce à l'appât du gain

Là encore la promesse de l'argent facile grâce à la publicité fait des ravages chez les créateurs de contenus. En 2003, Google a ouvert son programme Adsense (son programme de publicité) aux particuliers, permettant ainsi à tous les blogueurs de gagner de l'argent "facilement" avec leur blog. Cela avait conduit à une professionnalisation des blogs, et par là-même à leur mort : seuls ont survécu les professionnels. On est alors passé des blogueurs professionnalisés à des professionnels utilisant l'outil blog.

Même chose aujourd'hui avec le vlog, puisque tout ceux qui déposent une vidéo sur Youtube peuvent demander à ce qu'elle soit monétisée, c'est à dire à ce qu'elle rapporte de l'argent à son créateur. Certes Youtube n'est pas le seul "hébergeur" de vlogs, mais c'est le plus important (et de très loin).

Google va jusqu'à mettre à disposition des youtubers du matériel de tournage et des locaux afin qu'ils puissent encore plus professionnaliser leurs contenus. N'oublions pas que le coeur de métier de Google est la publicité. Des vidéos qui font des milliers de vues, c'est autant d'argent qui rentre dans les caisses. Et la qualité "esthétique" aide une vidéo à faire le buzz.

Le programme publicitaire de Google professionnalise les contenus et transforme leurs créateurs en commerciaux ubérisés au service de Google.

Tout ceci conduit à une professionnalisation des youtubeurs. Et cela entraîne le même effet sur les créateurs qu'il y a eu sur les blogueurs : à partir du moment où certains font de l'argent avec leur contenu, ils peuvent gagner en autonomie financière et donc créer encore plus de contenus et proposer une "qualité" toujours plus haute. Les contenus des autres créateurs, moins productifs et ne pouvant investir des milliers d'euros en matériel vidéo, perdent en compétitivité et restent dans les oubliettes de Youtube.

On pourrait se réjouir de cette montée en qualité visuelle, mais le contenu est-il qualitativement meilleur pour autant ? Pas vraiment car ce type de youtubeurs sont avant tout des commerciaux précarisés (voir ci-dessous).

Seuls face à l'océan du web

La conséquence directe est que le découragement gagne des youtubeurs. Ils comprennent qu'ils sont en concurrence les uns contre les autres, et ils comprennent que diffuser du contenu est une chose, être lu/vu en est une autre. Alors vient le moment de cette question que tout blogueur s'est posé: à quoi bon ?

Soit dit en passant, Google, comme Facebook, ont intérêt à multiplier les pages de contenu  : plus il y a de pages, plus il y a d'espaces pour afficher de la pub. Mais c'est aussi très utile pour vendre de la visibilité  : plus il y a de pages, et plus le contenu est noyé dans la masse, et plus la visibilité coûte cher. Ca tombe bien, Google vend des solutions publicitaires pour gagner en visibilité. La boucle est bouclée.

Youtubeur: un commercial ubérisé

C'est quoi le vrai métier de youtubeur ? Derrière leur sourire de jeunes vingtenaires se cachent en réalité de jeunes créateurs d'entreprises. Et comme ils tirent leur argent de la publicité affichée, ils sont avant tout des loueurs d'espaces publicitaires. Comme la télévision, ils vendent du temps de cerveau disponible. Et oui, en plus d'ennuyer tout le monde sur Internet, la publicité contamine tout ce qu'elle touche de sa laideur.

En plus de la publicité, beaucoup de youtubeurs ont recours aux partenariats, au placement de produit et à des tests de produits envoyés par... le fabricant du produit. Quand je vois cela, je ne vois plus des citoyens qui s'expriment publiquement, je vois du téléshopping. Sauf que le présentateur est un précarisé à la merci de Google : souvent en auto-entreprenariat, le youtubeur c'est le taxi ubérisé du téléshopping.

Même chose pour les youtubeurs ayant signés avec un "network". Il y a simplement un intermédiaire de plus.

Locaux et matériel mis à disposition, hébergement des vidéos, créateur de l'algorithme d'affiche éditorialisé des vidéos, possesseur du programme de publicité : les youtubeurs sont-ils des salariés non déclarés de Google ?

Il viendra peut-être un jour où la justice procédera à une requalification de l'activité de ces youtubers après avoir vu dans cette dépendance à Google un lien de subordination, et donc un contrat de travail.

Un Youtube massacré

Tout ceci a un prix : Youtube est aujourd'hui complètement défiguré. Il ressemble à une gigantesque plateforme de téléshopping pour adolescents. Google a tué le vlog pour le remplacer par des apprentis commerciaux, dont certains sortent tout juste de l'adolescence.

Youtube est aujourd'hui pollué par des gens qui sont là uniquement pour faire des vues. Non pas parce qu'ils ont quelque chose à dire, mais parce que les vues c'est du fric. Et à ce jeu, pas de pitié, pas de morale, pas d'éthique, pas de scrupule : titres "putaclic", vidéos truquées, escalade dans la provocation (les "prank"), etc... De vrais soldats de l'argent roi.

Quant aux autres, les simples citoyens qui ont cru qu'Internet était un outil pour s'exprimer, ils sont devenus transparents, invisibles, inaudibles. Ils n'ont pas 3000 euros à mettre dans du matériel audiovisuel. Habitués à des vidéos en full HD, voire en 4K, et aux éclairages studio, les internautes boudent alors encore davantage leurs contenus.

Qui sera la prochaine victime ?

Google est une entreprise gigantesque, ayant de multiples visages. Mais à chaque fois que cette entreprise se rapproche des internaute-citoyens, elle les transforme en internaute-publicitaires.

Pour savoir qui sera la prochaine victime de Google, il suffit de trouver les internaute-citoyens s'exprimant sur Internet.